
En librairie depuis le 17 AVRIL 2008
Parution d'un nouveau thriller de Daniel Hervouët après L'Etau et Mission Albatros
"Noir comme polar" a aimé. Pour lire son avis cliquer ici, pour lire son interview de l'auteur, cliquer ici.
JEUX DE CHINE
Nouveau monde Editions
Les jeux olympiques de Beijing auraient pu être une occasion de réjouissances internationales, en dépit d’un envers du décor peu conforme aux critères occidentaux du droit du travail. Adrien Laurent, ancien agent du service action de la DGSE, l’entend de cette oreille lorsqu’il accepte d’assurer la sécurité d’Anne-Marie Charlus à l’occasion d’un voyage d’affaire dans la capitale olympique. L’industrielle, spécialisée dans l’exportation de haute technologie militaire, entend profiter de la circonstance pour prospecter discrètement un marché encore bloqué par l’embargo.
Tout est parfaitement huilé pour que la mission d’Adrien se déroule paisiblement et lui permette de se refaire financièrement après un divorce qui ne tourne pas à son avantage. Mais l’Histoire percute parfois les existences les plus anonymes pour les projeter au premier plan. Personne n’a voulu voir arriver la tornade qui emporte Adrien et son industrielle. Qui aurait pu, en effet, imaginer que la plus grande prise d’otages de tous les temps se déroulerait pendant les XXIXèmes olympiades ?
Les jeux de Beijing comme l’une des plus grandes catastrophes géopolitiques des dernières décennies ? Jeux de Chine est-il le récit destiné à alerter sur ce qui ne doit absolument pas advenir ?
Extrait du livre :
"Noir comme polar" a aimé. Pour lire son avis cliquer ici, pour lire son interview de l'auteur, cliquer ici.
JEUX DE CHINE
Nouveau monde Editions
Les jeux olympiques de Beijing auraient pu être une occasion de réjouissances internationales, en dépit d’un envers du décor peu conforme aux critères occidentaux du droit du travail. Adrien Laurent, ancien agent du service action de la DGSE, l’entend de cette oreille lorsqu’il accepte d’assurer la sécurité d’Anne-Marie Charlus à l’occasion d’un voyage d’affaire dans la capitale olympique. L’industrielle, spécialisée dans l’exportation de haute technologie militaire, entend profiter de la circonstance pour prospecter discrètement un marché encore bloqué par l’embargo.
Tout est parfaitement huilé pour que la mission d’Adrien se déroule paisiblement et lui permette de se refaire financièrement après un divorce qui ne tourne pas à son avantage. Mais l’Histoire percute parfois les existences les plus anonymes pour les projeter au premier plan. Personne n’a voulu voir arriver la tornade qui emporte Adrien et son industrielle. Qui aurait pu, en effet, imaginer que la plus grande prise d’otages de tous les temps se déroulerait pendant les XXIXèmes olympiades ?
Les jeux de Beijing comme l’une des plus grandes catastrophes géopolitiques des dernières décennies ? Jeux de Chine est-il le récit destiné à alerter sur ce qui ne doit absolument pas advenir ?
Extrait du livre :
"Province de Heilongjiang, République populaire de Chine, mars 2008.
Le vent glacé venant du désert de Gobi s’engouffrait dans les rues désertes pour balayer par saccades la fine couche de poussière qui recouvrait sol. Les bâtisses sans style, qui avaient brièvement incarné le volontarisme socialiste, étaient revenues à leur triste réalité : des blocs de béton déshumanisés qui abritaient la détresse d’ouvriers exploités. Les coupures régulières d’électricité autant que le tarif du kilowatt/heure dissuadaient quiconque de veiller. Si bien qu’à deux heures du matin l’obscurité était quasi totale.
Seul le bruit du vent dans les tôles disjointes des vastes hangars de la zone industrielle rompait le silence de mort qui enveloppait la ville.
Le lieutenant Tian regarda sa montre. Il était dans les temps. D’un geste, il appela son adjoint qui le rejoignit dans la zone d’ombre d’un bâtiment de brique. Pendant que le sous-officier trottinait pour le rejoindre, le fusil d’assaut à la main, prêt à l’emploi, le jeune chef s’accroupit et sortit un plan de sa parka. Les hommes de son unité s’étaient postés contre les façades, dans les moindres anfractuosités pour se dissimuler aux regards. Le camouflage des tenues, adapté aux paysages urbains, faisait le reste.
— À vos ordres, fit le sous-officier à voix basse tout en posant un genou au sol.
Le lieutenant leva le nez de son plan, le doigt sur un point qu’il avait repéré. Sa lampe obturée par un filtre bleu dispensait un éclairage invisible à quelques mètres. La cagoule noire, passée sous le casque recouvert d’une toile camouflée, dissimulait son visage tandis que l’éphémère brouillard de son haleine, aussitôt chassé par le vent, voilait sa bouche par intermittence.
— Nous sommes arrivés au point Alpha, affirma-t-il en montrant le point sur sa carte. Dis au radio de rendre compte au PC. Je pars avec la première section rejoindre notre objectif. Tu nous suis à une minute avec la seconde section. Arrivés là-bas, je place les snipers dans les bâtiments au sud de l’objectif. Dès que c’est fait, tu prends ma place. Tu assureras le commandement des appuis feu pendant que je conduirai l’assaut.
— Reçu, mon lieutenant, fit le sous-officier avant de déguerpir pour rejoindre ses hommes.
À quelques rues de là, une autre colonne progressait sur un itinéraire parallèle, mais elle bifurqua vers la station radio qui se repérait de loin à son fatras d’antennes mêlant toutes les générations de technologie.
Quelques kilomètres plus à l’est, un groupe d’hélicoptères MI 8 volant en essaim progressait à très basse altitude. Dans l’habitacle, des hommes serrés les uns contre les autres, le corps engoncé dans leurs équipements de combat, regardaient fixement le sol, à travers les portes grandes ouvertes, à la recherche de leur point de poser. La nuit, en dissimulant les formes du sol et les repères planimétriques, rendait la navigation plus difficile.
Les commandos de l’unité 154 savaient que s’ils parvenaient à s’emparer rapidement de l’aéroport, des gros porteurs pourraient poser des renforts, des blindés légers, de l’artillerie. Après, ça irait tout seul. Le succès global de l’opération dépendait en grande partie de leur mission. Le visage tendu, les hommes répétaient mentalement leur rôle.
Au sol, le lieutenant Tian vérifia dans ses jumelles qu’aucun signe d’activité anormale ne se manifestait autour de son objectif. Les snipers maintenant dispersés sur les toits étaient en mesure de neutraliser les sentinelles et de nuire sévèrement à toute personne à qui viendrait l’idée de pénétrer dans leur secteur de tir. Il passa dans leur dos, courbé vers l’avant pour que sa silhouette ne se détache pas sur le ciel et donna une tape sur l’épaule de son adjoint en signe de relais. Maintenant que le dispositif était bien en place, il pouvait redescendre prendre le commandement de l’élément d’assaut.
Un nouveau coup d’œil à sa montre. Il ne lui restait que trois minutes avant l’action. Ses hommes tapis dans l’ombre étaient invisibles. Il ne sentait plus le froid mordant de cette fin de nuit. On était sans doute proche des dix degrés en dessous de zéro. Une goutte de sueur glissa même le long de son échine. Son pouls accéléra imperceptiblement. L’adrénaline commençait à affluer. Comme un pur sang avant le départ de la course, il rongeait son frein.
— Trente secondes, annonça-t-il dans son laryngophone à destination de ses chefs de groupe.
À l’ondulation silencieuse qu’il perçut dans son dos, il sut que ses hommes se préparaient à bondir. Son pouce glissa vers la sûreté de son arme et l’ôta. D’une voix ferme, il donna l’ordre libérateur.
— Éliminez les sentinelles, maintenant !
Une série brève de claquements venant des toits précéda la chute molle du corps des factionnaires placés devant la préfecture.
— Assaut ! cria le lieutenant en se redressant.
Ses hommes retrouvèrent les gestes réflexes de l’entraînement. Par petites colonnes compactes, les armes pointées, ils progressèrent rapidement comme des chenilles venimeuses vers les accès qui leur avaient été assignés. Des charges appliquées sur les lourdes portes closes ouvrirent la voie aux groupes d’assaut.
Au même moment, l’essaim d’hélicoptères se scinda et les engins amorcèrent des courbes préméditées pour rejoindre différents points de l’aéroport. La tour de contrôle fut la première investie par des commandos posés sur le toit à l’aide de cordes lisses. Puis ce fut le bâtiment réservé aux éléments de sécurité de l’aéroport, les hangars et la zone technique.
Moins de quarante minutes s’étaient écoulées depuis le déclenchement de l’opération. Le central de radiodiffusion tomba à son tour, ainsi que le siège de la police dans le quartier nord de la ville. Le grondement lointain des avions de transport se rapprocha de la piste de l’aéroport où les commandos avaient donné le feu vert pour un poser d’assaut. Bientôt, les rampes des Ilyouchine 76 déversèrent leurs chenillettes bourrées de soldats qui foncèrent à pleine vitesse prendre le contrôle de points clefs de la ville.
À cinq heures du matin, lorsque les premiers travailleurs s’engagèrent sur Zhangzizhong à bicyclette pour rejoindre l’usine de métallurgie, ex-n° 312, rebaptisée Metalcorp depuis la privatisation, ils s’efforcèrent de ne pas voir la silhouette furtive des hommes des forces spéciales.
***
Le convoi officiel avait quitté les immeubles gris du ministère de la Défense, non loin de Tianamen, depuis moins d’une heure. Engagée à vive allure sur la route 332, la Zonghua noire, précédée et suivie par deux clones de Passat de la police militaire, passa devant le zoo de Pékin sans que le général NIU ne détourne la tête. Le regard perdu droit devant lui, le chef d’état-major adjoint de l’Armée populaire de libération (APL) et numéro trois du comité central militaire n’avait pas l’esprit aux légèretés. Lorsque, après l’arrêt de bus de Xiyuan, le convoi bifurqua vers l’ouest et que les cubes de béton du quartier général du ministère de la Sécurité d’État se détachèrent sur un ciel souillé, il inspira longuement pour ramener ses battements cardiaques à un rythme normal. Nul n’entrait dans cet endroit sans une légitime appréhension. (pas nécessaire, le lecteur le devine)Accord
Les sentinelles du poste de sécurité, dûment prévenues de son arrivée, ouvrirent les barrières pour le laisser rejoindre directement l’escalier d’honneur tandis que les voitures accompagnatrices se garaient à l’écart.
Le général NIU descendit doucement de la voiture. Son embonpoint naissant n’y était pour rien. Malgré les inévitables excès alimentaires liés à ses fonctions, il continuait de prendre régulièrement de l’exercice et sa forme physique surprenait ses aides de camp.
La lenteur qu’il affectait était en partie l’expression symbolique de la sagesse liée à son âge, mais surtout celle d’un long apprentissage de la majesté qu’il convient d’attacher à ses hautes fonctions et à celles, plus élevées encore, auxquelles il aspirait (Pas très clair)Désaccord
Un colonel l’attendait en bas de l’escalier. Ce dernier se présenta et annonça qu’il était chargé de le conduire auprès du ministre.
Le général NIU fût flatté qu’on lui donnât accès à l’ascenseur privé du ministre. C’était, à n’en pas douter, un signe d’hospitalité qui augurait bien de l’entretien à venir. (pas nécessaire)Accord
Après avoir été introduit par le colonel et débarrassé de sa casquette, de son manteau, de ses gants, il s’avança dans le vaste bureau au fond duquel trônait FANG Lu-Shi, le ministre de la Sécurité d’État.
La seule mention de ce titre était de nature à déstabiliser les esprits les plus sereins, car tous ceux qui évoluaient dans l’appareil d’État savaient qu’il incarnait le noyau incandescent du pouvoir central.
Lorsque le général NIU le vit se lever pour venir lui serrer la main, il se laissa aller à une légère euphorie. Par réflexe, il s’efforça toutefois de la maîtriser, mais il y avait quelque chose de grisant à être reçu avec autant d’égard par l’un des personnages les plus redoutables de la république populaire. NIU n’était cependant pas parvenu à ses actuelles fonctions sans déjouer un certain nombre de pièges enrobés de flatteries vénéneuses. Sa vigilance resta donc en éveil.
— Mon général, je suis heureux de votre visite, annonça le ministre sur un ton emprunt de bonhomie. Puis-je vous proposer une tasse de thé ?
— Mes devoirs, monsieur le ministre, ce sera avec plaisir, répondit onctueusement le général.
D’un geste, le général fut invité à se diriger vers une porte dissimulée dans le lambris du bureau.
— Si vous n’y voyez pas d’inconvénient, nous nous installerons dans un petit salon particulier, nous y serons plus tranquilles.
La suggestion du ministre amusa le général sans qu’il en laissât rien paraître. Même lui avait besoin de se mettre à l’abri des micros de ses propres services.
Dès qu’ils eurent pénétré dans le salon, le ministre appuya sur l’interrupteur du système de brouillage. Un discret grésillement de tension s’établit pour confirmer son fonctionnement.
— Voilà, nous sommes au calme maintenant.
Les deux hommes prirent place dans des fauteuils monumentaux tapissés de velours grenat, aux accoudoirs recouverts de dentelle. Installés face à face, ils disposaient chacun d’une tablette sur laquelle une tasse de thé à couvercle et quelques friandises les attendaient.
Le ministre commença sur un ton grave.
Mon général, vous savez quelles sont mes préoccupations. Mes services mesurent l’intensification de l’activité des services américains sur notre sol. Notre retour sur la scène internationale les dérange. Je les sens prêts à tout. Voyez cette affaire d’Irak. Où s’arrêteront-ils ?
Je suis persuadé que l’efficacité de votre ministère les dissuade de se lancer dans une aventure irresponsable sur notre territoire, monsieur le ministre.
Le ministre resta pensif un court instant. Il leva le couvercle de sa tasse et but une gorgée. Des effluves de jasmin parvinrent aux narines du général. L’homme en charge de la sécurité d’État était petit et de corpulence presque fluette. De dos, on aurait pu le prendre pour un adolescent. Seul son visage grave marqué de fines rides sur le front suggérait qu’il était probablement quinquagénaire.
Certes, mon général, mais les Américains ne croient pas en notre puissance. Ils nous voient comme un peuple dont l’histoire est derrière lui, une vieille civilisation, une pièce de musée. L’Amérique est jeune et, comme telle, méprise la sagesse que confère le temps historique.
Monsieur le ministre, il n’est pas de civilisation plus ancienne que la nôtre. Nous avons survécu à bien des aléas et beaucoup ont disparu alors que la Chine est toujours là, immense et puissante.
Vous avez raison, mais les Américains ont des repères plus tangibles que ceux qui caractérisent les civilisations. Ils parlent dollars, production, technologies, armées… Ils n’ont rien d’autre. Si on ne peut pas les défier sur ces terrains-là, on ne compte pas à leurs yeux.
Précisément, monsieur le ministre, mon chef, le général XUE a estimé utile de vous informer que nous avions testé avec succès un concept d’opérations combinées adapté au contexte actuel. C’est la raison de ma visite.
Un sourire froid s’afficha imperceptiblement sur le visage du ministre. Le général NIU l’interpréta immédiatement.
Je vous prie d’accepter les excuses du général XUE, qui aurait aimé venir vous en parler lui-même.
D’une inclinaison de la tête, le ministre laissa planer le doute sur ce que lui inspirait cette absence. L’accueil réservé au général NIU semblait attester qu’il n’en prenait pas ombrage, au contraire. Encouragé par ces indices, NIU poursuivit.
De nouvelles unités ont été mises sur pied pour mener des opérations spéciales de grande envergure. Nos armées sont aujourd’hui au meilleur niveau. Il faudra désormais compter avec elles sur la scène internationale.
Combien d’hommes, ces unités ?
Plus de cent mille. Triés sur le volet et très bien équipés. Deux cent hélicoptères, autant d’avions de chasse et une cinquantaine d’avions de transport.
Et que faites-vous du reste de l’armée ?
Comme un poisson dans l’eau, monsieur le ministre, elle est dévouée et prête à déjouer toute action sur notre territoire.
Les yeux du ministre se plongèrent dans ceux du général. Les deux hommes se sondèrent pendant quelques secondes. L’intensité de leurs regards établit un dialogue qui allait au-delà de l’insignifiance des mots. Toujours en silence, ils prirent tour à tour leur tasse de thé et en burent plusieurs gorgées, comme pour conclure un pacte de confiance.
Lentement, le ministre se leva et tendit la main au général. Ce dernier se leva à son tour et s’inclina légèrement en prenant la main tendue.
Mon général, je suis persuadé que nous pouvons faire ensemble de grandes choses pour notre pays."
Pour acheter le livre, cliquer ici
Le vent glacé venant du désert de Gobi s’engouffrait dans les rues désertes pour balayer par saccades la fine couche de poussière qui recouvrait sol. Les bâtisses sans style, qui avaient brièvement incarné le volontarisme socialiste, étaient revenues à leur triste réalité : des blocs de béton déshumanisés qui abritaient la détresse d’ouvriers exploités. Les coupures régulières d’électricité autant que le tarif du kilowatt/heure dissuadaient quiconque de veiller. Si bien qu’à deux heures du matin l’obscurité était quasi totale.
Seul le bruit du vent dans les tôles disjointes des vastes hangars de la zone industrielle rompait le silence de mort qui enveloppait la ville.
Le lieutenant Tian regarda sa montre. Il était dans les temps. D’un geste, il appela son adjoint qui le rejoignit dans la zone d’ombre d’un bâtiment de brique. Pendant que le sous-officier trottinait pour le rejoindre, le fusil d’assaut à la main, prêt à l’emploi, le jeune chef s’accroupit et sortit un plan de sa parka. Les hommes de son unité s’étaient postés contre les façades, dans les moindres anfractuosités pour se dissimuler aux regards. Le camouflage des tenues, adapté aux paysages urbains, faisait le reste.
— À vos ordres, fit le sous-officier à voix basse tout en posant un genou au sol.
Le lieutenant leva le nez de son plan, le doigt sur un point qu’il avait repéré. Sa lampe obturée par un filtre bleu dispensait un éclairage invisible à quelques mètres. La cagoule noire, passée sous le casque recouvert d’une toile camouflée, dissimulait son visage tandis que l’éphémère brouillard de son haleine, aussitôt chassé par le vent, voilait sa bouche par intermittence.
— Nous sommes arrivés au point Alpha, affirma-t-il en montrant le point sur sa carte. Dis au radio de rendre compte au PC. Je pars avec la première section rejoindre notre objectif. Tu nous suis à une minute avec la seconde section. Arrivés là-bas, je place les snipers dans les bâtiments au sud de l’objectif. Dès que c’est fait, tu prends ma place. Tu assureras le commandement des appuis feu pendant que je conduirai l’assaut.
— Reçu, mon lieutenant, fit le sous-officier avant de déguerpir pour rejoindre ses hommes.
À quelques rues de là, une autre colonne progressait sur un itinéraire parallèle, mais elle bifurqua vers la station radio qui se repérait de loin à son fatras d’antennes mêlant toutes les générations de technologie.
Quelques kilomètres plus à l’est, un groupe d’hélicoptères MI 8 volant en essaim progressait à très basse altitude. Dans l’habitacle, des hommes serrés les uns contre les autres, le corps engoncé dans leurs équipements de combat, regardaient fixement le sol, à travers les portes grandes ouvertes, à la recherche de leur point de poser. La nuit, en dissimulant les formes du sol et les repères planimétriques, rendait la navigation plus difficile.
Les commandos de l’unité 154 savaient que s’ils parvenaient à s’emparer rapidement de l’aéroport, des gros porteurs pourraient poser des renforts, des blindés légers, de l’artillerie. Après, ça irait tout seul. Le succès global de l’opération dépendait en grande partie de leur mission. Le visage tendu, les hommes répétaient mentalement leur rôle.
Au sol, le lieutenant Tian vérifia dans ses jumelles qu’aucun signe d’activité anormale ne se manifestait autour de son objectif. Les snipers maintenant dispersés sur les toits étaient en mesure de neutraliser les sentinelles et de nuire sévèrement à toute personne à qui viendrait l’idée de pénétrer dans leur secteur de tir. Il passa dans leur dos, courbé vers l’avant pour que sa silhouette ne se détache pas sur le ciel et donna une tape sur l’épaule de son adjoint en signe de relais. Maintenant que le dispositif était bien en place, il pouvait redescendre prendre le commandement de l’élément d’assaut.
Un nouveau coup d’œil à sa montre. Il ne lui restait que trois minutes avant l’action. Ses hommes tapis dans l’ombre étaient invisibles. Il ne sentait plus le froid mordant de cette fin de nuit. On était sans doute proche des dix degrés en dessous de zéro. Une goutte de sueur glissa même le long de son échine. Son pouls accéléra imperceptiblement. L’adrénaline commençait à affluer. Comme un pur sang avant le départ de la course, il rongeait son frein.
— Trente secondes, annonça-t-il dans son laryngophone à destination de ses chefs de groupe.
À l’ondulation silencieuse qu’il perçut dans son dos, il sut que ses hommes se préparaient à bondir. Son pouce glissa vers la sûreté de son arme et l’ôta. D’une voix ferme, il donna l’ordre libérateur.
— Éliminez les sentinelles, maintenant !
Une série brève de claquements venant des toits précéda la chute molle du corps des factionnaires placés devant la préfecture.
— Assaut ! cria le lieutenant en se redressant.
Ses hommes retrouvèrent les gestes réflexes de l’entraînement. Par petites colonnes compactes, les armes pointées, ils progressèrent rapidement comme des chenilles venimeuses vers les accès qui leur avaient été assignés. Des charges appliquées sur les lourdes portes closes ouvrirent la voie aux groupes d’assaut.
Au même moment, l’essaim d’hélicoptères se scinda et les engins amorcèrent des courbes préméditées pour rejoindre différents points de l’aéroport. La tour de contrôle fut la première investie par des commandos posés sur le toit à l’aide de cordes lisses. Puis ce fut le bâtiment réservé aux éléments de sécurité de l’aéroport, les hangars et la zone technique.
Moins de quarante minutes s’étaient écoulées depuis le déclenchement de l’opération. Le central de radiodiffusion tomba à son tour, ainsi que le siège de la police dans le quartier nord de la ville. Le grondement lointain des avions de transport se rapprocha de la piste de l’aéroport où les commandos avaient donné le feu vert pour un poser d’assaut. Bientôt, les rampes des Ilyouchine 76 déversèrent leurs chenillettes bourrées de soldats qui foncèrent à pleine vitesse prendre le contrôle de points clefs de la ville.
À cinq heures du matin, lorsque les premiers travailleurs s’engagèrent sur Zhangzizhong à bicyclette pour rejoindre l’usine de métallurgie, ex-n° 312, rebaptisée Metalcorp depuis la privatisation, ils s’efforcèrent de ne pas voir la silhouette furtive des hommes des forces spéciales.
***
Le convoi officiel avait quitté les immeubles gris du ministère de la Défense, non loin de Tianamen, depuis moins d’une heure. Engagée à vive allure sur la route 332, la Zonghua noire, précédée et suivie par deux clones de Passat de la police militaire, passa devant le zoo de Pékin sans que le général NIU ne détourne la tête. Le regard perdu droit devant lui, le chef d’état-major adjoint de l’Armée populaire de libération (APL) et numéro trois du comité central militaire n’avait pas l’esprit aux légèretés. Lorsque, après l’arrêt de bus de Xiyuan, le convoi bifurqua vers l’ouest et que les cubes de béton du quartier général du ministère de la Sécurité d’État se détachèrent sur un ciel souillé, il inspira longuement pour ramener ses battements cardiaques à un rythme normal. Nul n’entrait dans cet endroit sans une légitime appréhension. (pas nécessaire, le lecteur le devine)Accord
Les sentinelles du poste de sécurité, dûment prévenues de son arrivée, ouvrirent les barrières pour le laisser rejoindre directement l’escalier d’honneur tandis que les voitures accompagnatrices se garaient à l’écart.
Le général NIU descendit doucement de la voiture. Son embonpoint naissant n’y était pour rien. Malgré les inévitables excès alimentaires liés à ses fonctions, il continuait de prendre régulièrement de l’exercice et sa forme physique surprenait ses aides de camp.
La lenteur qu’il affectait était en partie l’expression symbolique de la sagesse liée à son âge, mais surtout celle d’un long apprentissage de la majesté qu’il convient d’attacher à ses hautes fonctions et à celles, plus élevées encore, auxquelles il aspirait (Pas très clair)Désaccord
Un colonel l’attendait en bas de l’escalier. Ce dernier se présenta et annonça qu’il était chargé de le conduire auprès du ministre.
Le général NIU fût flatté qu’on lui donnât accès à l’ascenseur privé du ministre. C’était, à n’en pas douter, un signe d’hospitalité qui augurait bien de l’entretien à venir. (pas nécessaire)Accord
Après avoir été introduit par le colonel et débarrassé de sa casquette, de son manteau, de ses gants, il s’avança dans le vaste bureau au fond duquel trônait FANG Lu-Shi, le ministre de la Sécurité d’État.
La seule mention de ce titre était de nature à déstabiliser les esprits les plus sereins, car tous ceux qui évoluaient dans l’appareil d’État savaient qu’il incarnait le noyau incandescent du pouvoir central.
Lorsque le général NIU le vit se lever pour venir lui serrer la main, il se laissa aller à une légère euphorie. Par réflexe, il s’efforça toutefois de la maîtriser, mais il y avait quelque chose de grisant à être reçu avec autant d’égard par l’un des personnages les plus redoutables de la république populaire. NIU n’était cependant pas parvenu à ses actuelles fonctions sans déjouer un certain nombre de pièges enrobés de flatteries vénéneuses. Sa vigilance resta donc en éveil.
— Mon général, je suis heureux de votre visite, annonça le ministre sur un ton emprunt de bonhomie. Puis-je vous proposer une tasse de thé ?
— Mes devoirs, monsieur le ministre, ce sera avec plaisir, répondit onctueusement le général.
D’un geste, le général fut invité à se diriger vers une porte dissimulée dans le lambris du bureau.
— Si vous n’y voyez pas d’inconvénient, nous nous installerons dans un petit salon particulier, nous y serons plus tranquilles.
La suggestion du ministre amusa le général sans qu’il en laissât rien paraître. Même lui avait besoin de se mettre à l’abri des micros de ses propres services.
Dès qu’ils eurent pénétré dans le salon, le ministre appuya sur l’interrupteur du système de brouillage. Un discret grésillement de tension s’établit pour confirmer son fonctionnement.
— Voilà, nous sommes au calme maintenant.
Les deux hommes prirent place dans des fauteuils monumentaux tapissés de velours grenat, aux accoudoirs recouverts de dentelle. Installés face à face, ils disposaient chacun d’une tablette sur laquelle une tasse de thé à couvercle et quelques friandises les attendaient.
Le ministre commença sur un ton grave.
Mon général, vous savez quelles sont mes préoccupations. Mes services mesurent l’intensification de l’activité des services américains sur notre sol. Notre retour sur la scène internationale les dérange. Je les sens prêts à tout. Voyez cette affaire d’Irak. Où s’arrêteront-ils ?
Je suis persuadé que l’efficacité de votre ministère les dissuade de se lancer dans une aventure irresponsable sur notre territoire, monsieur le ministre.
Le ministre resta pensif un court instant. Il leva le couvercle de sa tasse et but une gorgée. Des effluves de jasmin parvinrent aux narines du général. L’homme en charge de la sécurité d’État était petit et de corpulence presque fluette. De dos, on aurait pu le prendre pour un adolescent. Seul son visage grave marqué de fines rides sur le front suggérait qu’il était probablement quinquagénaire.
Certes, mon général, mais les Américains ne croient pas en notre puissance. Ils nous voient comme un peuple dont l’histoire est derrière lui, une vieille civilisation, une pièce de musée. L’Amérique est jeune et, comme telle, méprise la sagesse que confère le temps historique.
Monsieur le ministre, il n’est pas de civilisation plus ancienne que la nôtre. Nous avons survécu à bien des aléas et beaucoup ont disparu alors que la Chine est toujours là, immense et puissante.
Vous avez raison, mais les Américains ont des repères plus tangibles que ceux qui caractérisent les civilisations. Ils parlent dollars, production, technologies, armées… Ils n’ont rien d’autre. Si on ne peut pas les défier sur ces terrains-là, on ne compte pas à leurs yeux.
Précisément, monsieur le ministre, mon chef, le général XUE a estimé utile de vous informer que nous avions testé avec succès un concept d’opérations combinées adapté au contexte actuel. C’est la raison de ma visite.
Un sourire froid s’afficha imperceptiblement sur le visage du ministre. Le général NIU l’interpréta immédiatement.
Je vous prie d’accepter les excuses du général XUE, qui aurait aimé venir vous en parler lui-même.
D’une inclinaison de la tête, le ministre laissa planer le doute sur ce que lui inspirait cette absence. L’accueil réservé au général NIU semblait attester qu’il n’en prenait pas ombrage, au contraire. Encouragé par ces indices, NIU poursuivit.
De nouvelles unités ont été mises sur pied pour mener des opérations spéciales de grande envergure. Nos armées sont aujourd’hui au meilleur niveau. Il faudra désormais compter avec elles sur la scène internationale.
Combien d’hommes, ces unités ?
Plus de cent mille. Triés sur le volet et très bien équipés. Deux cent hélicoptères, autant d’avions de chasse et une cinquantaine d’avions de transport.
Et que faites-vous du reste de l’armée ?
Comme un poisson dans l’eau, monsieur le ministre, elle est dévouée et prête à déjouer toute action sur notre territoire.
Les yeux du ministre se plongèrent dans ceux du général. Les deux hommes se sondèrent pendant quelques secondes. L’intensité de leurs regards établit un dialogue qui allait au-delà de l’insignifiance des mots. Toujours en silence, ils prirent tour à tour leur tasse de thé et en burent plusieurs gorgées, comme pour conclure un pacte de confiance.
Lentement, le ministre se leva et tendit la main au général. Ce dernier se leva à son tour et s’inclina légèrement en prenant la main tendue.
Mon général, je suis persuadé que nous pouvons faire ensemble de grandes choses pour notre pays."
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